Article écrit par Patrice Levesque et Miguel Tremblay
On s’adonne au baseball depuis au moins un siècle au Québec ; cette activité rassemble jeunes et moins jeunes dans les gradins et sur les terrains.
La démocratisation de l’accès à internet a grandement facilité les processus administratifs liés à la pratique du sport — la mécanique d’inscription aux ligues, l’accès aux horaires de pratiques et de joutes, la communication de groupe, etc. Baseball Québec, qui chapeaute le sport, laisse aux associations locales le soin de documenter les activités de pratique du sport en ligne, et n’offre aucune infrastructure fédératrice à cette fin. Conséquemment, les données baseball se retrouvent isolées en silos sur une multitude de sites web gérés à la pièce et de plateformes propriétaires plus ou moins adaptées, communément administrées par des bénévoles débordant de bonne volonté mais sans ligne directrice.
Résultat des courses, l’amateur de balle en vient rapidement à découvrir nombre d’angles morts parmi les données baseball en ligne, notamment les données à propos des terrains de balle eux-mêmes.
Le manque de données en ligne à propos des terrains de balle au Québec a inspiré des personnes âgées de Villeray à fonder un projet à l’été 2023 qui aspire à documenter ces terrains et à rendre disponibles les informations recueillies au plus large public envisageable. Il faut bien commencer quelque part.
D’emblée il a été décidé que toutes les données amassées allaient être partagées sous les licences les plus libres possible, idéalement versées au domaine public. Comme le projet vise à enrichir la communauté baseball et non des webmestres, engendrer de la friction de droit d’auteur nuirait à l’objectif.
Après deux étés de cueillette de données, le site https://stades.quebec/ a été officiellement lancé à la fin de l’été 2025. Il offre comme outils principaux une liste de terrains par municipalité ainsi qu’une carte du Québec qui affiche la position géographique de chacun d’eux.
Au moment où ce texte est pondu, plus de mille terrains de balle ont déjà été au moins minimalement documentés (nom, adresse, géométrie du terrain). Pour un grand nombre d’entre eux, des informations plus précises ont été consignées, telles que la présence d’un tableau d’affichage, d’éclairage, de gradins, la disponibilité de points d’eau et de toilettes, des spécifications plus techniques sur les terrains telles que les distances aux clôtures et la présence de monticules d’exercice, ainsi de suite.
À plus de 200 terrains sont déjà associées des photos, totalisant plus de 2500 clichés, pour la plupart affranchis de tout droit d’auteur. La plus grande part de la cueillette de données et de prise de photos a été pilotée par quatre individus liés de près au projet.
Le terrain de balle de votre quartier ou village n’est pas encore photographié ? À vous de jouer.
Les informations recueillies à propos des terrains de balle doivent bien être enregistrées quelque part. Plutôt que de stocker les informations dans un silo de données dédié au projet, OpenStreetMap (OSM), Wikidata et Wikimédia Commons ont été choisis comme dépôts de données.
Le site https://stades.quebec/ collige les données stockées chez OSM, Wikidata et Wikimédia Commons, et rien d’autre. Régulièrement, le site est rebâti de zéro à partir de ces trois sources de données. Ça veut aussi dire que n’importe qui pourrait construire un annuaire concurrent et profiter des mêmes données.
Toute la communauté baseball y gagnerait si une association mineure voulait réutiliser ces informations à des fins promotionnelles, si une municipalité incluait des photos dans la documentation d’un projet de rénovation de ses infrastructures sportives, si Baseball Québec se servait des données pour établir de futures lignes directrices ou bâtir sa propre plateforme fédératrice.
Le projet OSM vise à cartographier toute la surface de la planète, pas seulement son réseau routier. On peut ainsi y répertorier des plans d’eau, des bâtiments, des arrêts d’autobus, des balançoires de parc, des pylônes électriques, des salons de coiffure pour se limiter à quelques exemples.
Dans le cas d’un terrain de balle, OSM permet bien sûr d’en « dessiner » la surface de jeu, ses clôtures, ses gradins, ses abris des joueurs, essentiellement toute l’infrastructure matérielle. Grâce aux attributs, OSM peut aussi associer à ces géométries des informations telles que le nom du terrain, l’adresse, mais aussi le nombre de places assises dans les gradins, les restrictions d’âge des joueurs, la présence de monticules d’exercice, alouette. OSM permet aussi d’inscrire des liens vers des ressources externes, comme le site web officiel d’un stade, l’identifiant d’un item Wikidata correspondant, ou une catégorie Wikimédia Commons.
Les données inscrites à OSM sont régies par la « Open Data Commons Open Database License », qui permet l’accès, la copie, la distribution, la transmission et l’adaptation des données sous réserve d’une attribution à OSM et à ses contributeurs.
Wikidata stocke plus ou moins les mêmes informations primaires qu’OSM, de manière beaucoup plus rigoureuse et structurée. Par exemple, la municipalité inscrite pour un terrain de balle est elle-même représentée par un item Wikidata en bonne et due forme et non par un simple champ textuel.
En outre, Wikidata permet d’associer des propriétés complémentaires aux terrains, sans lien avec la géomatique. Par exemple, l’item Wikidata d’une équipe de baseball qui utilise ce terrain comme domicile, ou même la source d’inspiration pour le nom du terrain (pensons aux stades Gary-Carter et Ronald-Piché).
Par son modèle de données, Wikidata impose des associations explicites entre ses items, contrairement au monde OSM qui fonctionne plutôt de manière implicite ; à fin d’illustration, dans Wikidata, le stade Gary-Carter porte un attribut « Lieu : parc Ahuntsic », alors que dans OSM, la même relation est exprimée par la présence du polygone « stade Gary-Carter » à l’intérieur du polygone « parc Ahuntsic ».
Les données inscrites à Wikidata sont régies par la licence « Creative Commons Zero », équivalente à un dépôt au domaine public.
Wikimédia Commons stocke des contenus typiquement multimédia — pour le projet décrit ici, essentiellement des photos. À chacune des images peut être associé un jeu de métadonnées, entre autres une référence vers le ou les items Wikidata qu’elle illustre, une date de création, une description textuelle, des coordonnées géographiques.
Un système de catégories, structurées en hiérarchies multiples, permet d’organiser les données dans Wikimédia Commons. Dans le cas des terrains de balle, une catégorie Wikimédia Commons est créée pour chacun des terrains de balle et elle est en premier lieu greffée à une catégorie « parent » qui l’incorpore physiquement — dans la plupart des cas, un parc municipal, un centre sportif, un terrain scolaire — qui elle-même est typiquement rattachée à la catégorie de sa municipalité. Certaines autres catégories sont parfois ajoutées pour certaines photos.
Tout comme chaque contenu Wikimédia Commons peut détenir une référence à l’item Wikidata qu’il illustre, la catégorie spécifique à un terrain de balle peut être consignée à l’item Wikidata correspondant.
Chacun des fichiers multimédias inscrits à Wikidata est régi par une licence libre déterminée par l’ayant-droit. Les métadonnées (par exemple le titre d’une photo, un texte explicatif, une description d’une catégorie) sont régies par la licence « Creative Commons Zero », équivalente à un dépôt au domaine public.
Les plateformes OSM, Wikidata et Wikimédia Commons hébergent donc chacune des informations complémentaires sur un terrain de balle donné, et leurs contenus respectifs sont liés entre eux par des identifiants.
Même sans dresser le portrait complet d’un terrain de balle, certains outils liés à ces plateformes exploitent déjà les interrelations entre OSM, Wikidata et Wikimédia Commons afin d’enrichir leur expérience utilisateur (infobox sur les projets Wikimédia, l’application de cartes et navigation OsmAnd, le projet Mapcarta, …).
En plus du site web https://stades.quebec/ qui réunit les informations dispersées à travers OSM, Wikidata et Wikimédia Commons, une série d’outils de vérification interne a aussi été pondue, afin d’assurer la qualité et la cohérence des données ; quelques exemples de tests effectués :
Toutes les informations à propos des terrains de balle du Québec auraient très bien pu être inscrites dans une nouvelle base de données, conçue et optimisée pour le stockage d’informations de terrains de balle, assurant aux gestionnaires du projet un contrôle absolu. Cependant, à l’usage, un nombre important d’avantages à plutôt employer OSM/Wikidata/Wikimédia Commons est constaté :
De manière cruciale, ces trois plateformes ne tiennent jamais les données en otage. Elles offrent des interfaces automatisables (API) permettant de récupérer sans frais et avec peu d’effort toutes les informations qu’on y a inscrites, en format JSON, standard ouvert de partage de données. S’il advenait qu’un jour une catastrophe mette hors ligne définitivement une des plateformes, les données auront déjà été sauvegardées par de multiples tiers.
Une image vaut mille mots et ce dicton s’applique très bien au projet de documentation de terrains de balle. Au-delà des considérations artistiques, des photos permettent de déduire beaucoup d’informations — par exemple la présence d’un filet de sûreté, de bancs des joueurs, l’accessibilité en fauteuil roulant, alouette. Les gens intéressés à participer au projet sont invités à poursuivre leur lecture sur https://stades.quebec/contribuer/.
Crédit photo : Denis Brodeur – CC BY 2.0